Enseigner ? Qu’est-ce enseigner ? Aujourd’hui, on peut légitimement se poser la question… L’APED, qu’on ne peut taxer d’organisation passéiste au niveau pédagogique, met en évidence certaines lacunes de notre système d’enseignement, comparativement au système flamand : trop peu de rigueur, trop peu de contenu, trop peu de structure…

C’est assez interpellant quand au même moment des avis d’inspections arrivent dans les écoles pour souligner le fait qu’il y a trop de contenu, trop de structure ou trop de rigueur dans les cours donnés, au vu du niveau des élèves…

Ce contraste marque la question des dogmes pédagogiques, il souligne aussi la confusion entre professionnalité et application de stratégies pédagogiques. En effet, n’avons-nous pas trop souvent confondu, en Communauté Française, professionnalité et pédagogie par compétences, ou un enseignant professionnel et réflexif était un enseignant qui appliquait la pédagogie imposée par le système. Or, être enseignant, n’est-ce pas justement se poser des questions sur l’application de la meilleure pédagogie et didactique en fonction d’une analyse fine des publics, des groupes classes et des élèves qui composent son quotidien ?

En ce sens, le travail d’évaluation d’un enseignant ne devrait-il pas porter dans sa capacité à étayer la pédagogie développée afin d’aider le mieux possible, au vu des conditions dans lesquelles il est, les élèves à se construire un avenir meilleur ?

Pour ce faire, cela nécessite qu’on n’impose pas dogmatiquement des façons de faire au niveau pédagogique et didactique mais plutôt qu’on exige de l’enseignant qu’il soit un expert des pédagogiques et didactiques possibles, capable d’analyser et de choisir au mieux les stratégies pédagogiques et didactiques qui lui semblent les plus appropriées, les plus adéquates pour permettre aux élèves d’acquérir les compétences qui leur permettront de se mouvoir dans la société de demain, et donc capable de justifier les pratiques utilisées pour construire ses séquences de cours. Là, nous pourrons alors juger, évaluer une partie des compétences dudit enseignant…

La question réside alors, non plus dans l’application stupide de pédagogie inadaptée mais dans la capacité à reconnaître aux enseignants les compétences de compréhension et d’analyse d’un praticien réflexif au sens où il « cherche à comprendre et établit une distance avec la situation vécue en cherchant  à étendre le savoir à d’autres situations  et prenant aussi du recul par rapport à son fonctionnement dans la situation » . Cela ne signifie pas que tout se vaut. Non, cela mobilise le fait que des contextes, des profils, des histoires, oserais-je dire des pédagogies différenciées, sont nécessaire. On peut se poser les questions suivantes, à titre d’exemple : Est-il opportun de partir uniquement de situation problème, perpétuellement, inexorablement, tout comme est-il pertinent de ne construire son travail que sur des cours ex-cathedra ?  Les deux options, dans leurs travers dogmatiques et totalisant, sont des pistes à utiliser qui en fonction des matières, qui des moments de la séquence pédagogique…

Cette perspective permet de concevoir la professionnalité de l’enseignant au travers de sa capacité à pouvoir critiquer mais de façon étayée, les éléments qui façonnent la relation pédagogique. Plus loin, cela met en évidence, me semble-t-il, que l’on s’est parfois trompé, au niveau des instances politiques et des experts en pédagogie et didactique, quant à la pertinence d’appliquer massivement et dogmatiquement des réformes pédagogiques. N’est-il pas plus sain, dans une démocratie ouverte à l’esprit critique et à la capacité épistémologique de ces acteurs, de justement laisser le soin aux enseignants de pouvoir juger pragmatiquement des choix didactiques et pédagogiques à mettre en œuvre. N’est-ce pas là d’ailleurs la possibilité pour l’enseignant de devenir réellement un praticien réflexif, modèle de professionnalité véhiculé dans les décrets missions et autre contrat pour l’école ?

Le reconnaître un jour publiquement, comme l’a fait Marcel Crahay en son temps ,  au travers d’assisses de l’enseignement, permettrait sans doute d’apaiser les questions que se posent nombre d’enseignants quant à la meilleure manière de concevoir leur métier pour le bien de l’enfant, de l’adolescent.

Pour terminer, ces assises permettraient enfin de mettre autour de la table, au même niveau, dans un rapport égal, experts universitaires, inspecteurs, conseillers pédagogiques, direction, enseignants, éducateurs, responsables politiques, responsables d’associations de parents, … permettant à chacun de s’exprimer et de réfléchir ensemble à la place que nous souhaitons accorder à l’éducation dans notre Communauté. Plus fondamentalement, cela permettrait peut-être de poser un acte majeur de reconnaissance de la professionnalité réelle de nombreux enseignants, soucieux de chercher les solutions et les stratégies les plus adéquates pour que nos enfants puissent être capable de se construire une pensée, une action rigoureuse, active, pleine, critique sur les enjeux qu’ils vont devoir porter, grâce à nous ou à cause de nous.

Une réponse à “Quelle professionnalité enseignante ?”
  1. Nicolas Dauphin » Quelques lectures dit :

    [...] Quelle professionnalité enseignante ? [...]