L’idée d’un test d’évaluation à la fin des secondaires semble faire son chemin dans les esprits de nombreux acteurs liés au monde scolaire. Soit pour définir un niveau attendu de la part des élèves, soit pour déterminer si les enseignants, et par extension les établissements scolaires, travaillent au développement des connaissances des élèves qui sont sous leur responsabilité.

Dans un premier temps, et de manière plus large, une réflexion mérite d’être posée, avant de poursuivre à un rythme effréné l’organisation d’épreuves externes supplémentaires, ne faudrait-il pas évaluer la manière dont les épreuves en cours sont organisées et l’utilisation qui en est faite, tant par la COPI que par les équipes éducatives elles-mêmes ?

Ensuite, la priorité n’est-elle pas aujourd’hui d’apporter le soutien adéquat aux écoles dont les résultats aux évaluations sont inférieurs à la moyenne ?

Dans un second temps, on peut s’étonner de ce type de proposition au regard du cadre de développement pédagogique et didactique proposé dans le « Décret Missions » et dans le « Contrat Stratégique pour l’Ecole » qui apparaît éloigné de ces évaluations sous forme d’examen matière, spécifiquement déterminé au travers de disciplines vues en « one shot ».

Le « Décret Missions », et les programmes qui en découlent, ainsi que le travail des enseignants actuellement, encouragent plutôt les enseignants à travailler en interdisciplinarité, permettant aux élèves et aux professeurs de déployer la complexité et les relations d’une situation au travers de plusieurs angles. De plus, le « Décret Missions » promeut, assez fortement, l’idée que ce sont des compétences qui sont développées, c’est-à-dire « la capacité pour un individu de mobiliser de manière intégrée, des ressources internes (savoirs, savoir-faire et savoir-être) et externes pour faire face à une famille de tâches complexes pour lui. »[Beckers Jacqueline, Développer et évaluer des compétences à l’école : vers plus d’efficacité et d’équité, ed. Labvor, p57, 2002, Bruxelles]

On peut également s’interroger sur le type d’égalité et de justice sociale qui est développé dans ce type de proposition. Sans vouloir déculpabiliser l’ensemble des enseignants de leur professionnalité et de leur responsabilité, comment pouvons-nous imaginer que tous les élèves reçoivent les mêmes conditions d’enseignement leur permettant d’être dans les conditions matérielles, environnementales et psychologiques les plus optimales pour développer les compétences propres aux cours qui leurs sont donnés et/ou accompagnés. Partir sur ce postulat fait montre d’une méconnaissance du cadre scolaire, balayer ces disparités, c’est nier qu’au sein de notre système scolaire, des établissements possèdent des bibliothèques dignes de nos meilleures universités et d’autres doivent se contenter de dons ou de bricolages locaux institutionnalisés, c’est faire fi du fait que certains peuvent se déployer dans des environnements apaisants et lumineux tandis que d’autres doivent accepter des espace classes plus restreints et trop peuplés… Ces conditions parfois détestables n’empêchent pas d’effectuer parfois du très bon travail avec les élèves, mais elles nécessitent plus de temps, plus de palabres pour développer les cours et les interactions, et plus de disponibilité pour créer l’environnement propice à ce travail.

Sur base de ces éléments, on peut se demander si la façon la plus adéquate d’évaluer n’est pas au cœur même du « Décret Missions », c’est-à-dire permettre aux élèves, accompagnés par l’équipe éducative, de travailler des projets interdisciplinaires, sous forme de mémoire ou autre travail de fin d’études, comme cela se fait déjà dans certains établissements scolaires en Communauté Française.
Cette perspective permettrait plusieurs points d’ancrage valorisants pour les élèves et l’équipe éducative et évaluatifs de notre système scolaire :

  1. Il permet aux élèves de s’insérer dans un projet étalé sur un an, voire deux, permettant de tenir compte des conditions de vie dans lesquelles certains de nos enfants baignent.
  2. Il permet un travail transversal, dans la mesure où ce travail oblige l’élève à mobiliser des compétences diverses avec un résultat final attendu, et oblige également les enseignants à se mobiliser collectivement pour que les élèves puissent s’intégrer dans ce travail.
  3. Il permet de jeter les bases d’un travail vertical avec l’enseignement supérieur et horizontal avec les acteurs associatifs et économiques, dans la mesure où ce travail pourrait être évalué en partie par un jury extérieur composé d’acteurs du supérieur et du monde associatif/économique.
  4. Il permet également d’évaluer, dans la part du travail réalisé, quelles étaient les conditions propres à l’établissement pour que les élèves puissent fournir leur travail. Cela signifie qu’il y a évaluation des conditions minimales nécessaires aux étudiants pour pouvoir en partie effectuer le travail à l’école, qu’il y a évaluation des outils nécessaires à l’équipe pédagogique pour pouvoir effectuer le travail.
  5. Il permet d’évaluer le degré d’accompagnement de l’équipe pédagogique. L’élève a-t-il pu bénéficier d’un suivi de la part des enseignants, sous quelle forme, sous quelle modalité ?
  6. Il permet d’évaluer l’acquisition de savoirs, savoir-faire et savoir-être propres à sa filière, son option.

Ce schéma mériterait d’être plus détaillé, poussé jusqu’au bout de son raisonnement, ce que ces quelques lignes ne permettent pas, mais il ouvre une autre perspective, interdisciplinaire, ouverte vers l’Autre, permettant de minimiser, tant que faire se peut, les conditions de base de l’élève puisque développé sur un an, voire deux, et permet d’évaluer plusieurs paramètres mettant les responsabilités de toutes et tous (enseignants, élèves, équipe pédagogique, direction, réseaux, administration et ministre responsable) sur un même pied d’égalité.

Ce sont ces éléments liés qui nous encouragent à penser que le Tess n’est certainement pas la meilleure manière de pouvoir évaluer nos élèves et notre système scolaire.

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